Rock’n’roll Vaudou

Richard Morse n’a pas toujours été prêtre vaudou, ni même habité en Haïti. En 1979, il sort diplômé d’anthropologie de l’université de Princeton, après une enfance passée dans le Connecticut. Puis la musique s’impose, d’abord avec un premier groupe de punk-rock, The Groceries: “Nous étions juste quelques amis cherchant quelque chose à faire“.

Richard Morse. photo (c) Daniel Morel
Fils d’un intellectuel américain et d’une chanteuse haïtienne, Richard revient à ses racines maternelles en 1985, en déménageant à Port-au-Prince. Depuis, il n’a jamais quitté Haïti. Alors que de nombreux artistes ont fui l’instabilité et la répression politique, le chanteur et son nouveau groupe, RAM, formé en 1990, ont survécu à plusieurs coups d’États, la misère et les catastrophes naturelles.

Pas tellement par choix. “Ma famille est ici, en Haïti. Et je veux bien aller à l’étranger, mais qui me propose un travail?“. Alors Richard Morse et les douze autres membres du groupe ont continué à jouer et à enregistrer des albums, cinq jusqu’à présent. Cela n’a pas toujours plu à la classe politique au pouvoir. Pendant la dictature de Raoul Cédras, le chanteur, qui affiche publiquement son soutien à l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, est menacé de mort. Sa chanson “Fèy” est interdite des ondes et de la bouche de quiconque aurait envie de la fredonner.

Pourtant Richard Morse ne se décrit pas comme un activiste politique, même si il écrit régulièrement dans les médias américains pour dénoncer la situation en Haïti. Dans ses chansons, il est surtout question de respect: “le respect des autres, des esprits et de Dieu“. Sa musique combine le rock’n’roll, les rythmes africains et la musique traditionnelle vaudou. Si le vaudou est l’essence de chaque morceau, RAM essaie d’y rajouter un message politique ou social: “Nous avons conscience que les paroles d’une chanson sont des paraboles que les gens interprètent, et nous utilisons ça“.

Malgré le retour d’un semblant de calme politique en Haïti, Richard Morse se dit toujours menacé. “Je suis un citoyen qui s’exprime. Je dis la vérité, ce sont des choses simples, mais les gens sont effrayés par la vérité“. Il fait principalement référence à la corruption, un des fléau qu’il n’a pas peur de combattre. “Lorsque je vois que la situation ne profite qu’à certains, et pas à tous, je le dis. Je dis ce que je vois“.

Il attend avec impatience le concert du 1er mai à New York, un retour à ses débuts musicaux dans les années 80. “Pour le public haïtien, cela va être bouleversant. Les Haïtiens comprennent ce qu’il y a derrière mes chansons, ils sont passés par là eux aussi“. Mais, même lorsque le groupe joue devant des publics étrangers, la connexion s’effectue. “Il n’y pas besoin de connaitre les paroles pour chanter et danser avec la musique“. Car la musique de RAM est avant tout une histoire de rythme, de rock et de magie vaudou.

RAM en concert sur la scène du French Institute Alliance Française (Florence Gould Hall) le vendredi 1er mai à 8pm.
Tickets: $20 tarif général, $15 pour les membres du FIAF