Roosevelt Island: un îlot de paix au coeur de New York

“Habiter à Roosevelt Island, c’est comme vivre dans un parc” assure Daria, qui loge sur l’île depuis sept ans. En effet, au beau milieu de la East River, New York n’a plus tout à fait le même sens. Les klaxons, les embouteillages et le constant brouhaha s’estompent pour faire place à une profonde quiétude.

On pourrait courir ou s’y reposer (presque) aussi bien qu’à Central Park. Les bancs situés sur la côte, face à Manhattan, offrent un point de vue imparable sur les gratte-ciel. Parfait pour lire ou manger un sandwich au calme. “C’est bien pour être tranquille”, affirme Monica qui feuillette un roman au bord de l’eau. “Ici, ce n’est pas comme dans le centre, on peut être en paix“, ajoute-t-elle. Et ce que préfèrent Théo et Rob, qui travaillent sur l’île, “c’est la vue sur Manhattan”.

Accès par téléphérique

Il y a deux manières de se rendre sur l’île : “par dessous” via la ligne F qui passe sous la rivière pour déposer les voyageurs au centre de l’île, et “par-dessus” au moyen… d’un téléphérique (de fabrication française, s’il vous plait). Situé à l’angle de la 2ème avenue et de la 60ème rue, il offre une vue imprenable sur la ville, surtout la nuit, et sur le majestueux Queensboro Bridge, qu’il longe. Pour l’emprunter, une carte de métro suffit.

Au 18eme siècle, Roosevelt Island était appelée « Blackwell’s Island », d’après le patronyme de la famille propriétaire de l’île. Elle a ensuite été rebaptisée « Welfare Island », puis Roosevelt Island dans les années 70.

Un phare et un asile

Plusieurs édifices valent le détour :

–  les ruines de l’hôpital Smallpox, situées à la pointe sud de l’île. L’hôpital a été créé au XIXème siècle pour soigner -et surtout mettre en quarantaine- les malades de la petite vérole. C’était, à l’époque, le seul établissement spécialisé dans le traitement de la maladie. Au début du 20eme siècle, d’autres établissements hospitaliers se sont développés, notamment dans le Queens, vidant Smallpox de ses patients. La Landmarks Preservation Commission a désigné l’hôpital (ou plutôt ce qu’il en reste) “monument historique”.

– En marchant en direction du nord de l’île, au 888 Main street se trouve l’Octagon, un complexe résidentiel flambant neuf. Attention aux apparences : il y a 150 ans, ce bâtiment était un asile psychiatrique pour femmes: la Women’s Lunatic Asylum. Construit vers 1840, il était le premier du pays. En 1843, après avoir visité l’asile, l’écrivain Charles Dickens a décrit les fous qui hantaient ses couloirs. En 1887, la journaliste Nellie Bly (Elizabeth Cochrane de son vrai nom), du journal de Joseph Pulitzer The New York World, y a passé dix jours en se faisant passer pour folle. A la suite de son séjour – et de nombreux mauvais traitements – elle a écrit un article sur les conditions de vie épouvantables à l’intérieur l’asile. « Ten Days in a Madhouse » fit sensation. Après la publication de l’article, un jury demanda un accroissement du budget du Département des Corrections et des Charités publiques, gestionnaire de l’asile, ainsi qu’une refonte des règles d’admission, pour s’assurer que les patients dans l’asile étaient bel et bien malades.

– A la pointe nord de l’île se dresse un phare. C’est l’un des derniers de New York. L’histoire derrière cet édifice de briques est étrange : une légende tenace dit qu’il aurait été construit par un pensionnaire du Lunatic Asylum, John McCarthy, à la fin du 19eme siècle. A l’époque, le phare se trouvait sur un morceau de terre rattaché à l’île par un pont en bois. McCarthy aurait entrepris d’y construire un fort pour protéger l’île d’une invasion imaginaire des Anglais. Il aurait abandonné le projet en échange d’une somme d’argent tout aussi imaginaire. McCarthy aurait détruit son « fort » et aurait construit le phare à la place. Au delà, un habitant de l’île confie que c’est le lieu idéal pour une balade an amoureux.

– On peut aussi visiter une église de brique rouge au centre de l’île (543 Main Street). Construite au XIXème siècle, l’église “Good Shepherd” est active depuis le début des années 70.

Quelques restaurants et un diner

Côté nightlife, c’est la misère. Roosevelt Island comporte une petite dizaine de restaurants. Parmi eux, le diner Trellis, sur la rue principale de l’île (549 Main street), qui propose un menu copieux à bon prix. On trouve également un restaurant japonais, Fuji East, au centre de l’île (455 Main street), juste à côté d’un établissement italien.

Roosevelt Island n’est pas le meilleur endroit pour sortir le soir : l’île possède un Starbucks, mais très peu de bars. En revanche, c’est un lieu idéal pour les familles avec enfants. Jeux, parcs, terrain de football (presque toujours vide) et de baseball… les petits et les sportifs ont de quoi s’occuper. “C’est super pour mon fils, il peut se balader toute la journée dans la nature”, raconte Daria, qui assure qu’elle “ne retournerai(t) pas vivre à Manhattan”.