Rugby à l’américaine

«Partout où je suis allé, j’ai joué au rugby,» raconte Thomas Chevallier, arrivé à New York en août dernier pour un VIE à la Société Générale. A 27 ans, il a déjà planté ses crampons de rugbyman amateur dans les pelouses yvelinoises de Montesson et d’Houilles, avant de jouer à Reims et en Angleterre dans le cadre de ses études en école de commerce.

Aujourd’hui, blessé à la main, il est dans les tribunes. Pendant ce temps-là sur le terrain, l’autre coq gaulois du NYRC, David Levaï fait des sprints avec ses coéquipiers. Désormais diplômé de Columbia et «boosté par l’effet Coupe du Monde», ce Parisien de 28 ans a décidé de rechausser les crampons, cinq ans après son dernier tournoi universitaire : «Quand je suis arrivé, j’ai eu le droit au petit surnom de Frenchie, se souvient David, qui s’est inscrit en septembre dernier. L’ambiance est très sympa».
David Levaï et Thomas Chevallier

Avec quelques matches dans les pattes et surtout une bonne dose d’entrainements, les deux Français se sont rapidement mis dans le bain. Ils ont du s’adapter a un jeu plus physique : «Le jeu est moins technique. Les sorties de balles sont moins nettes, le jeu moins propre, observe Thomas. C’est un peu le rugby qu’on pratiquait il y a dix-quinze ans en France». David confirme : «T’as des mecs ici qui jouent au football américain en plus, et qui passent leur temps à la gym… A l’entrainement, ils sont sans scrupules», dit-il en s’étirant.

Créé en 1929, le NYRC est non seulement le plus ancien club des États-Unis mais aussi l’un de ceux qui comptent le plus de licenciés. Sur les cinq dernières années, leur nombre a doublé pour atteindre «plus de 200 aujourd’hui», en particulier à la suite de la création d’une section «moins de 19 ans», selon le président du club, David Levine.

L’expansion du NYRC est à l’image de la situation dans le pays. Depuis trois ans, le nombre de licenciés dans les 2 000 clubs américains augmente en moyenne de 30% par an, pour atteindre 250 000 en 2007, selon USA Rugby, la Fédération américaine de rugby.

Des programmes se mettent en place pour promouvoir le rugby au niveau des high schools et des universités, sous l’impulsion des instances locales et nationales de rugby. USA Rugby s’est engagé en 2006 dans un processus de décentralisation dont l’objectif est de doter chaque Etat américain d’un «Performance Center» pour débusquer les talents et décharger les clubs de leurs obligations administratives.

A New York, depuis 2003, Play Rugby USA, un organisme partenaire de USA Rugby, a ouvert des sessions after schools de rugby dans 40 lycées des cinq boroughs – dont le Lycée Français. Le nombre de lycées proposant ce type de programme a été multiplié par cinq ses 18 derniers mois, souligne Mark Griffin, Président de Play Rugby USA, n’hésitant pas à qualifier le rugby de «géant qui se réveille» aux Etats-Unis.

« LE RUGBY NE PERCERA PAS AUX ETATS-UNIS»

Mais le chemin vers la terre promise est encore long à en croire nos Français : «Quand j’ai voulu acheter mon équipement, j’ai fait plusieurs magasins de sport sans rien trouver pour le rugby, explique David. J’ai finalement acheté des chaussures de football américain», dit-il montrant la semelle de ses chaussures. Et encore… «A New York, le rugby marche parce qu’il y a beaucoup d’expatriés. En dehors, c’est plus difficile».

Thomas, lui, est catégorique : «Le rugby ne percera pas aux Etats-Unis. C’est culturel. C’est comme pour le base ball en France, affirme-t-il. Il y a déjà trop de sports physiques populaires aux Etats-Unis».

A l’entrainement de l’équipe masculine du NYRC, dirigée par un Sud-Africain, nos Frenchies côtoient ainsi des Néo Zélandais, des Anglais, des Argentins, souvent aux Etats-Unis temporairement. Seulement la moitié des joueurs sont Américains.

«Dans notre équipe, on a des jeunes qui font du rugby soit parce qu’ils n’avaient pas les notes pour aller au college pour faire du football américain, soit parce qu’ils n’en avaient pas les moyens», souligne Thomas. «Comme pour le football, l’avenir du rugby aux Etats-Unis passera par les filles», ajoute-t-il, en regardant le quart de terrain ou s’entraîne l’équipe féminine, championne nationale de Division 1 en 2006. Aux États-Unis, 47% des licenciés sont des filles.