Sarkozy est-il le pro-américain qu’il paraît ?

Le nouveau président français « proclame ouvertement son amour d’Ernest Hemingway, de Steve Mcqueen et de Sylvester Stallone, son admiration pour l’éthique professionnelle américaine et il en croit en la mobilité sociale verticale » rapplle le New York Times. Il a pleuré en regardant le dernier film de Robert Altman, avait envie d’entendre «I will survive» en chant de victoire. C’était le candidat préféré de la Maison Blanche, qui « a dû être soulagée dimanche que le président bush n’ait pas à appeler Mme Royal pour la féliciter ». Les deux hommes se ressemblent, « impétueux, au parler musclé et fiers de ça ». D’ailleurs, observe le New York Times, parler de racaille dans les banlieues, c’était l’équivalent du « Bring’em on » (qu’on pourrait traduire par quelque chose comme « viens te battre! ») de Bush dans sa guerre contre le terrorisme. Les deux hommes ne boivent pas, courent et font du vélo… Et pourtant rien ne dit, au contraire même, que Sarkozy aurait eu une attitude différente de celle de Chirac face à la guerre en Irak.

Dans le même journal, Craig Smith met aussi en garde contre les trompe l’œil. Il ne faut pas, selon lui, se fier à l’ «une des images les plus frappantes » de la campagne française : «Nicolas Sarkozy sur un cheval blanc, l’air tout à fait Texan de prime abord». Ne pas y lire un rapprochement de Washington. «Là où les américains voient un cow-boy, les Français voient un gardian, le cavalier traditionnel de Camargue». Il explique que les positions de Sarkozy sur l’Irak n’étaient pas différentes de celles de Chirac, qu’il compte retirer des troupes françaises d’Afghanistan, appeler les américains à respecter les accords de Kyoto, est opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne…. Et même si Sarkozy a eu des mots durs face à l’Iran, « si Washington compte mettre sur pied une réponse militaire, il ne faudra pas compter sur son soutien ».

L’éditorialiste Jim Hoagland appelle aussi les lecteurs du Washington Post à se méfier de l’image atlantiste du prochain président français. « Ne vous attendez pas à ce que Sarkozy cherche immédiatement à démanteler la politique étrangère de Chirac cherchant à faire de l’Europe un contrepoids à l’influence américaine à l’étranger. Sarkozy est bien plus impressionné par ce que les Etats-Unis font chez eux que par ses objectifs globaux et sa présence internationale. Il voudrait imiter le dynamisme américain intérieur, pas les ambitions du gouvernement Bush à l’étranger ».

Les démocrates ont de quoi se réjouir de la victoire de la droite en France puisque, remarque E.J Dionne dans le Washington Post «la France et les Etats-Unis semblent sur des cycles électoraux opposés depuis la victoire de François Mitterand en 1981, un an après l’élection de Reagan». Plus sérieusement il cite un sondage d’Ipsos indiquant que 42% des électeurs de Royal disent avoir voté pour empêcher Sarkozy d’être président, alors que seulement 18 % des électeurs de Sarkozy votaient contre Royal. «La gauche est en difficultés quand ses campagnes s’appuient plus sur la peur de la droite que sur les espoirs que les progressistes inspirent».

Quelles conclusions en tirer pour Hillary Clinton. Aucune affirme l’Hillaryland au Washington Post. Leur candidate pour les présidentielles de 2008 maîtrise ses dossiers de politique étrangère, « à la différence de Royal qui mis en avant son charme et sa féminité plus que sa force en politique étrangère».

Alors que Chirac a reconnu le rôle de la France dans les déportations de la seconde guerre mondiale et l’esclavage africain, Sarkozy veut «se présenter comme un leader qui va de l’avant et pour qui s’excuser d’événements passés est un signe de faiblesse», note le New York Times. Il ne se repent pas non plus de ses vacances à Malte. « Contrairement aux autres dirigeants français, M. Sarkozy étale ses connections avec la classe financière et a critiqué l’inclinaison française à cacher sa richesse et son ambition ».

Sarkozy « a dit à ses concitoyens de se mettre au travail et a ensuite rapidement emmené sa famille en croisière sur le yacht d’un copain milliardaire » raconte le Washington Post. Le quotidien précise que la controverse qui s’en est suivie en France « ne porte pas sur les vacances – c’est un pays qui les révère » mais sur l’image d’excès.

Même pichenette de Maureen Dowd dans le New York Times. Dans son discours de victoire, Sarkozy « a dit qu’il « réhabiliterait » le travail et un conseiller a dit qu’il serait un « entrepreneur présidentiel » (dès qu’il rentrera de ses vacances sur son yacht). »