Sarkozy fête la Statue de la Liberté (avant l’heure)

Quand la construction de la Statue de la Liberté battait son plein en France, au milieu des années 1870, l’Amérique était en crise. La grande “Panique de 1873” se faisait encore sentir. Les usines fermaient en cascade. La bourse était au plus mal. Les grèves étaient fréquentes à travers le pays. Les portefeuilles, à sec.

La statue signée Bartholdi n’a failli jamais voir le jour à cause de cela. Les Américains rechignaient à débourser leurs deniers pour financer la construction de l’imposant (et coûteux) piédestal sur lequel serait posée la Statue, qui de surcroît n’était même pas américaine. Il a fallu l’intervention du magna de la presse Joseph Pulitzer et sa promesse d’imprimer dans son journal World les noms des donateurs, petits et grands, pour que les New Yorkais mettent enfin la main à la poche. La Statue a été inaugurée le 28 octobre 1886.

Ce jeudi 22 septembre 2011 au matin, la naissance aux forceps de Lady Liberty semblait bien loin.

Sous une grande tente en plastique dressée derrière la Statue, le gotha de la France-Amérique est venu voir Nicolas Sarkozy et le maire de New York Michael Bloomberg célébrer en avance le 125eme anniversaire de cet édifice devenu symbole de l’amitié franco-américaine. Croissants et confiture « Bonne Maman » sont de rigueur. De même que les chapeaux et les blazers. Comme il y a 125 ans, la Statue est drapée dans un voile de fumée. Mais cette fois-ci, il s’agit de brume et non pas de la fumée des canons mis à feu pour marquer son inauguration.

« Bonjour, Mister President. Bienvenue in New York » commence Michael Bloomberg, qui a joué l’amitié franco-américaine jusque dans ses habits (veste bleu foncé, chemise blanche et cravate rouge). « La France était l’alliée des Etats-Unis avant que nous soyons les Etats-Unis » poursuit-il, avant de donner la parole au chef de l’Etat français.

« Cette statue, dit Nicolas Sarkozy derrière un pupitre et une Statue de la Liberté miniature, dans le monde entier, tout le monde sait ce qu’elle signifie : un pays libre, où les gens sont libres, où les gens sont accueillis (…) Cette statue, elle parle aux jeunes de Libye et de Tunisie. Elle parle aux jeunes d’Egypte. Cette statue donnée par la France au grand peuple américain est la statue de tout ceux qui préfèrent la liberté à la dictature. »

Elle parle aussi à Charlélie Couture, un des « happy few » venus écouter le Président. « C’est une très belle statue. Elle est classique, grecque. Elle a une certaine froideur mais, dans la drapée, il y a une intelligence et un modernisme qui la font transcender son clacissime, analyse-t-il en se tournant vers elle. Comme elle est vêtue d’un drap, on ne peut pas assimiler son costume à une époque. Son visage ni féminin ni masculin lui donne une intemporalité et une universalité. »

Jean-François Daniel, co-fondateur de la marque de « spiritueux équitables » Fair Trade Spirits, n’est pas tombé sous le charme tout de suite : « La première fois que je suis venu ici il y a cinq-six ans, j’étais déçu. J’avais la Tour Eiffel dans la tête et je me suis dis : ‘attendez les gars, cette statue est une micromachine’. Mais je trouve l’esthétisme de la statue remarquable. Aujourd’hui je l’aime bien. »

« Les Français nous ont fait un beau cadeau »

Pour beaucoup de New Yorkais invités, la visite de Liberty Island était une grande première. Pourtant, selon un sondage pas du tout scientifique réalisé auprès d’eux et de touristes américains présents ce matin-là sur l’île, les origines françaises de la statue sont bien connues. Elles sont relatées dans les cours d’histoire à l’école élémentaire et lors des nombreuses sorties de classe organisées sur Liberty et Ellis Island.

« Oui, oui on sait que c’est un cadeau de la France, assure Steve, un touriste de Dallas. Nous n’avons pas eu une relation toujours facile avec les Français, mais il faut avouer qu’ils nous ont fait un beau cadeau.»

« Tu dirais que combien de jeunes savent qu’elle vient de France ? 1/10 ? » demande Gil Roebuck à sa femme Lisa. Enseignante en musique, elle est moins optimiste : « 1/25 ! répond-t-elle. Vous savez, les jeunes n’étudient plus l’Histoire ou la géographie. L’accent est mis sur les mathématiques et les sciences»

Cette visite présidentielle intervient au lendemain d’un discours très commenté devant l’Assemblée générale des Nations-Unies dans lequel Nicolas Sarkozy a proposé de faire de la Palestine un Etat observateur à l’ONU et appellé à la mise en place d’un calendrier pour la résolution du conflit au Proche-Orient. Une position qui a pris Barack Obama à contrepied.

Mais les désaccords entre les deux pays n’étaient pas à l’ordre du jour ce jeudi. Outre de nombreux chefs d’entreprise, galeristes, financiers et artistes français et américains, l’acteur Robert DeNiro et son équipe du TriBeCa Film Festival, qui travaillent sur un projet de complexe culturel sur l’Ile Seguin à Paris, ont fait une brève apparition sur scène aux côtés de Nicolas Sarkozy et Michael Bloomberg au moment où ce dernier a annoncé le projet.

Alors que le ferry et ses passagers endimanchés sont repartis de l’île, le soleil a percé la brume. Un groupe d’élèves de PS 84, une école publique de l’Upper West Side dotée d’un programme bilingue français-anglais, était accoudé à la rambarde. Ils ont été invités à chanter la Marseillaise et l’hymne américain en ouverture de la cérémonie. En regardant la Statue s’éloigner, ils ont entonné un autre chant : « Happy Birthday to you…»

Voir l’intégralité de la cérémonie:

Photo: Nicolas Sarkozy, avec le maire de New York Michael Bloomberg.