Sarkozy fichu et le “paradis féministe” français

C’est une charge de quinze pages intitulée « No exit » contre Nicolas Sarkozy qu’a menée Philip Gourevitch dans le New Yorker. Il relève, dès le début de l’article, les goûts si peu « français » du président : « il n’aime pas le vin », «les fromages odorants » non plus, mais apprécie le « Coca-Cola light, les sucreries et les cigares Havane ». Il affirme qu’un « tel manque de goût pour le bon goût est généralement vu comme non naturel en France ». Et de décrire le caractère « décomplexé » de Nicolas Sarkozy, insistant sur le contraste entre les inclinations du personnage, son rapport à l’argent, à l’Amérique, au travail et celles que lui, Gourevitch, prête aux Français, cultivés et raffinés. « Parce qu’il est petit et grandiose ; parce qu’il pense que la France devrait mener l’Europe et que l’Europe devrait mener le monde ; parce qu’il est audacieux et impitoyable dans sa poursuite du pouvoir, et autoritaire et impudique dans son exercice (…) ; Nicolas Sarkozy est souvent décrit comme un « would-be » Napoléon ».

Gourevitch retrace la carrière présidentielle de Sarkozy, s’attardant sur tout ce qui selon lui, a exacerbé la défiance puis le rejet des Français. Il affirme que c’est l’espoir suscité par le candidat qui a engendré la détestation du président. Du Fouquet’s à Carla Bruni, du « Casse-toi pauv’ con » au discours de Grenoble sur la sécurité et l’immigraton, de l’accueil de Kadhafi à sa gestion du Printemps arabe, sans oublier la crise européenne et la relation franco-allemande, ce sont toutes les actions et décisions de Nicolas Sarkozy qui sont disséquées pour expliquer l’absence d’issue. « Avec comme perspective une résistance populaire massive (les inévitables grèves paralysantes et les  manifestations bruyantes), Sarkozy est retombé dans son discours démagogique de maintien de l’ordre, s’attaquant à l’immigration illégale et à l’assistance sociale». « No exit », apparemment.

Paradis féministe

Dans un autre registre, la presse américaine se penche sur le projet de loi visant à sanctionner les clients de la prostitution (voir notre revue de presse du 6 décembre). The Atlantic note la singularité du cas français, où les « ZeroMacho, groupe d’hommes féministes contre la prostitution sont pour l’abolition » de la prostitution, tandis que « les syndicats de prostituées ne le sont pas ». La journaliste Heather Horn vante l’approche française de sanction du client rappelant qu’aux Etats-Unis, clients et prostituées sont punis. Ainsi rapporte-t-elle qu’en Louisiane « les prostituées qui sont inculpées ne sont pas seulement considérées comme des criminelles mais sont déclarées délinquantes sexuelles ». En comparaison, la France serait donc un « paradis féministe » selon le magazine.

L’agence Reuters va dans le même sens, rappelant que le « plus vieux métier du monde » jouit d’une relative bienveillance en France. Utilisant une drôle de formulation – « La France étant la France » – pour étayer son propos, le journaliste indique que les « clients n’étaient menacés qu’en cas de prostitution de mineurs », sous-entendu la prostitution d’adultes est acceptée. Il rappelle d’ailleurs que le Strass, le syndicat des travailleur du sexe, est opposé à la proposition de loi : « Le Strass affirme que si la loi passe, les clients traditionnels seront effrayés, forçant les prostituées à accepter des conditions de travail plus risquées ».