Serge Normant décoiffe l’Amérique

Gisele Bundchen dans la dernière campagne H&M placardée dans le monde entier? C’est lui. Victoria Beckam en couverture du magazine Allure ce mois-ci? C’est aussi lui. Céline Dion sur la scène des Oscars cette année ? C’est encore lui.

Si toutes les célébrités lui confient leurs têtes, la plus fidèle est peut-être Julia Roberts. Ils se sont rencontrés il y a 18 ans lors d’une séance photos pour Vanity Fair sur le tournage de L’ Affaire Pélican. Les deux artistes ont grandi ensemble. Dans le cercle des proches de Serge figure aussi Sarah Jessica Parker, qui habite à un jet de pierre du salon dans le Meatpacking district. «Ces gens-là vous donnent une telle confiance en vous que ça vous porte», explique Serge, au crâne rasé et au visage poupon.

S’il l’on retraçait une généalogie de coiffeurs français à New York, le salon Bruno Dessange (le nom était le fruit d’un compromis entre Bruno Pittini et Jacques Dessange) sur Madison avenue serait certainement la racine de l’arbre. Serge Normant est issu de ce salon, qui fut un vivier de talents: Frédéric Fekkai, Yves Durif, Odile Gilbert.. «Nous étions des pionniers. Nous apportions quelque chose de nouveau», se rappelle Francis Mousseron, un maître de la couleur, qui officie aujourd’hui au salon Frédéric Fekkai sur la Cinquième Avenue.

Contrairement à Frédéric Fekkai, autre star française de la coiffure à New York, Serge s’est  d’abord lancé dans le travail de studio plutôt que dans le business. «Il voulait se faire en tant qu’artiste. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas une fibre commerciale», explique la makeup artist Laura Mercier. Une fibre qu’il exploite désormais, avec le lancement d’une ligne de huit produits, développée avec un laboratoire de recherche à Long Island. Les produits sont disponibles à Barneys, en ligne et dans les boutiques Space NK en Angleterre. Le lancement est prévu en France d’ici la fin de l’année.

Serge partage sa vie entre son loft de Chelsea et Paris où il revient environ tous les 3 mois. « Je n’ai jamais cultivé ce côté “coiffeur français”. C’est une réputation un peu galvaudée, on ne peut pas compter là-dessus. Mais il y a une chose qui est vraie : on a la chance d’être exposé à tellement de choses quand on est français. La culture française est sublime.”

Une équipe de choc

A son arrivée à New York en 1989, sur les traces de Bruno Pittini auprès du quel il avait appris le métier à Paris, Serge rencontre la make-up artist Laura Mercier. Elle s’en souvient: “J’avais une chaîne stéréo à donner. Bruno Pittini, avec qui je travaillais en studio, m’avait dit qu’un jeune coiffeur venait d’emménager dans un brownstone en face de chez moi sur la 22e rue. On a pris un café. On ne s’est plus quitté.” Ils ont ensuite été colocataires dans un appartement avant d’emménager ensemble dans une grande maison victorienne, quand leurs carrières respectives ont décollé.

Laura et Serge, c’est l’équipe de choc. Les contrats pleuvent. “En plus  de notre complicité, nous étions très complémentaires dans le travail et les gens le savaient.” Laura se souvient de leur collaboration sur le tournage du clip Butterfly de Mariah Carey. À l’aube, la diva un peu éméchée a voulu refaire une scène:

«Nous avions travaillé 27h d’affilée en Caroline du Nord, dans l’humidité et les moustiques. Toute l’équipe était dans un état d’épuisement total. Les décors étaient remballés, les gens au bord de la crise de nerfs. Serge était le seul à savoir la ramener à la raison: «Mariah,  nous ne sommes pas des bêtes». On en rit encore !»

Les deux amis ont collaboré aussi sur les livres de Serge Femme Fatale et Métamorphoses (Editions de la Martinière, 2004). De beaux livres qui leur ont permis de donner libre cours à leur imagination :  Julia Roberts a posé en Louise Brooks, Liz Hurley en Mata Hari, Britney Spears version Grace Kelly…

Serge rencontre John Frieda en 2002. Le pape britannique de la coiffure lui propose de reprendre son salon dans l’Upper East Side qu’il baptiserait Serge Normant at John Frieda. «A l’époque je n’avais pas particulièrement envie de revenir à un salon. Mais son élégance, sa vision de la femme m’ont beaucoup plu. Je me suis dit : “pourquoi pas” ! “Après tout, la clientèle, c’est ce qu’il y a de vrai, de concret. C’était un peu comme un retour aux sources ».

Serge détient 50% des parts du salon. Il met sa patte, transforme le salon en une version plus moderne. Cinq ans plus tard, il ouvre un deuxième salon dans le Meatpacking district.  Il ajoute également un troisième salon à Los Angeles. La collaboration entre les deux hommes s’étendait aussi à la ligne de produits de John Frieda, dans le giron de la société japonaise Kao. Il y a trois ans, Serge cesse la collaboration sur les produits : il a envie de créer sa propre ligne «avec les basiques qu’il utilise depuis longtemps».

Ses conseils à ceux désireux de tenter l’aventure : «Etre le meilleur possible sans avoir automatiquement envie d’être connu. Ca peut sembler facile pour moi de dire ça. Mais moi je rêvais avant tout de faire partie d’une équipe, d’un moment de la coiffure. La reconnaissance peut arriver de plein de façons différentes.»

A la cérémonie des Oscars, hiératique dans sa une robe vintage de Valentino, Julia Roberts portait un chignon sculptural réalisé par Serge. Un chignon porte-bonheur puisqu’elle a remporté cette année-là l’oscar de la meilleur actrice pour son rôle dans Erin Brokovitch.

Serge a aussi fait une apparition « cameo » dans un épisode de Sex and the City : le personnage de Carrie fait une séance photos avec Patrick Demarchelier. Le célèbre photographe de mode et Serge jouent leurs propres personnages. Un business man pas tout à fait comme les autres.