Si j'avais un marteau…

Installé depuis 18 ans à Santa Barbara, Laurent Colasse est l’exemple même du parcours réussi. Ancien laveur de voitures et serveur occasionnel pour un traiteur français, l’intéressé est aujourd’hui à la tête de sa propre société, «Nov8», fondée en 1998. Composée d’une petite équipe de 5 personnes, l’entreprise est leader mondial dans son domaine, à savoir la commercialisation d’un outil de survie automobile innovant, baptisé «ResQMe». Présenté sous la forme d’un porte-clés, il se compose d’une pointe en acier qui, en cas d’accident, vient briser les vitres du véhicule, ainsi que d’une lame inoxydable qui permet de couper nette une ceinture bloquée.

«J’ai eu cette idée fin 2001», explique ce Nantais d’origine. «A l’époque je travaillais pour la société néerlandaise Lifehammer, proposant des marteaux de secours, dont j’étais le distributeur sous licence aux Etats Unis. J’ai commencé à développer mon projet de porte-clés et je leur ai soumis l’idée, car je pensais qu’il était fondamental de faire une version réduite et pratique de cet outil de sauvetage. Mais Lifehammer n’y a pas cru.»

Déçu, Laurent Colasse range donc son projet dans un tiroir, jusqu’à ce qu’une société japonaise n’entre en contact avec lui au cours de l’année 2003 : «Cette entreprise m’a demandé si nous proposions un petit modèle de notre marteau, car elle voulait l’offrir à ses employés, suite au décès de trois salariés dont la voiture était tombée dans une rivière. Je leur ai parlé de mon projet, mais tout en leur indiquant que je ne pouvais leur fournir.»

Le Nantais voit donc s’éloigner ce client potentiel, mais découvre quelques mois plus tard, sur un salon professionnel, qu’une société de l’Indiana a développé le produit. «Il s’agissait d’une entreprise de fabrication de lances à incendie qui avait été contactée par le client japonais à qui j’avais parlé de l’idée.» Si Laurent Colasse comprend qu’il a été «court-circuité», il n’en prend toutefois pas ombrage, mais souligne tout de même au fabricant qu’il est à l’origine du concept.

Bien lui en prend, puisque le développeur du porte-clés, Bob Steingass, et l’entreprise de l’Indiana, n’entendent pas en assurer la commercialisation. «Ils ont apprécié nos échanges et ont reconnu qu’il s’agissait de mon idée. Nous avons donc conclu un accord. J’ai obtenu l’exclusivité mondiale sur le produit, mais en échange je devais les garder comme sous-traitants exclusifs et payer le dépôt des brevets.»

Les débuts ne sont toutefois pas faciles. Les difficultés, liées à la concurrence chinoise, mettent en péril son entreprise au cours de l’année 2004. Même s’il doit fermer les bureaux qu’il venait d’ouvrir en Floride, Laurent Colasse s’accroche. Son produit obtient ensuite plusieurs prix dans les salons mondiaux et commence à intéresser des clients prestigieux : «Les chaînes de magasins d’outillage et d’auto aux Etats Unis et au Canada ont passé des commandes de plus en plus importantes. J’ai même décroché un contrat en direct avec l’US Navy.»

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, début 2010 tous les brevets du ResQMe ont été transférés à son nom. Et 7 ans après le lancement de ce porte-clés révolutionnaire, «Nov8» écoule 350 000 unités du porte-clés chaque année à travers le monde (2 millions depuis le lancement), principalement en Amérique du Nord et dans les pays scandinaves : «C’est une solution de sécurité qui a du sens. Je ne comprends pas pourquoi les constructeurs automobiles n’ont pas encore pensé à en équiper les voitures. En effet, aux Etats Unis, 500 personnes meurent chaque année, prisonnières de leur véhicule.»

Le Nantais envisage même d’interpeller les législateurs américains sur cette solution de sécurité : «Il ne faut pas attendre un drame pour réagir. Ce porte-clés est une assurance-vie. Il aura du sens lorsqu’il sera obligatoire. Le but de ResQMe est d’aider la communauté. C’est ce qui me plaît dans cette aventure : être au service de la vie et de la protection des gens.»

Un discours qui séduit déjà le gouvernement, comme en témoigne l’intérêt de l’ambassadeur des Etats Unis aux Pays Bas. «En septembre prochain, il me remettra officiellement un certificat pour récompenser la qualité d’un produit réalisé par une entreprise américaine. Il s’agit d’une opportunité et d’une promotion commerciale, mais aussi d’une avancée pour la sécurité.»

En attendant cette cérémonie, le Nantais poursuit le développement de «Nov8» qu’il vient de doter de nouveaux locaux de 260 m2 au cœur de Santa Barbara. Et outre ResQMe, Laurent Colasse continue de vendre le traditionnel marteau de sécurité Lifehammer, ce qui lui permet d’afficher un chiffre d’affaires de 2,5 millions dollars par an.

Stéphane Cugnier