Sophie Theallet, la bohème luxe

«Sophie Théallet apporte une touche de lumière parisienne à New York», annonce le Vogue américain dans son numéro de juin. Drapés élégants, lignes féminines, caftans légers, soie délicate, la nouvelle ligne au style bohême de Sophie Théallet est d’un raffinement, qui a certainement quelque chose de parisien.

Il faut dire que cette native des Hautes Pyrénées (Bagnères-de-Bigorre), s’est formée l’œil à bonne école. Après le Studio Berçot à Paris, Sophie Théallet commence sa carrière comme assistante de Jean Paul Gaultier. De ces années auprès de son mentor, elle raconte :  «Il arrivait avec ses dessins et l’on se mettait au travail. J’ai appris ce que c’est de travailler dans la mode : un travail de titan, c’est comme rentrer dans les ordres.»

Elle rejoint ensuite un autre maître, le créateur tunisien Azeddine Alaia. «Tandis que chez Jean Paul Gaultier, j’ai appris à monter une collection, jouer avec les couleurs et aller jusqu’au bout de ses idées; chez Alaia, j’ai appris la rigueur et le tombé du vêtement», dit-elle.

Vient ensuite le chapitre New York. Avec le maquilleur français François Nars, elle lance la ligne Motu Tané, dont les imprimés sont inspirés de Tahiti. Cette expérience la prépare à la création d’une ligne à son nom, avec des financements en propre et le soutien de son mari Steven, un Québécois aux grands yeux bleus.

Elle achète beaucoup de ses tissus dans les antennes new yorkaises de maisons françaises. «Il n’y a rien de tel que les soieries lyonnaises.» Les pièces sont toutes fabriquées dans le Fashion District. Ses robes, entre 1500 et 4000 dollars, sont aujourd’hui en vente chez Barneys, le temple des créateurs sur Madison Avenue et dans une quinzaine de boutiques de luxe dans le pays. En Septembre, elle présentera sa collection «pre-spring 2009» dans le penthouse de The Hotel on Rivington. «Le milieu de la mode est très différent en France et aux Etats-Unis. Ici, les designers sont très spécialisés : il y a des créateurs de robes, de chapeaux, etc. En France, on apprend à tout faire; un créateur a une vision globale.»

Cette inconditionnelle de New York adore travailler ici. Son appartement atelier est niché dans une rue calme et verdoyante de Brooklyn Heights. «Même si je travaille beaucoup, je me sens en vacances à New York. Dans le quartier, j’ai parfois l’impression de me retrouver dans les rues de Biarritz, quand j’avais huit ans. C’est magique pour moi», dit-elle. Ce jour-là, les seuls bruits que l’on entend sont le vent dans les feuilles des arbres et les pas de Léon, son fils de deux ans qui se réveille tout juste de sa sieste. Changement radical avec l’époque où elle vivait au Chelsea Hotel avec Steven (ils louaient l’appartement de la femme de David Bowie). L’hôtel mythique était en plein revival et leurs voisins de l’époque étaient les stars de la scène rock et punk.

Sophie Théallet n’a rien d’une fashionista. Elle porte ce jour-là une blouse mexicaine (achetée aux puces), un cardigan noir et un jeans. Seule excentricité, une grosse chaîne en or achetée dans le quartier mexicain à Brooklyn. «J’adore les chaîne de rappeur», s’exclame-t-elle. Sur elle, on comprend qu’il s’agit plus d’un talisman pour la bonne fortune qu’un accessoire de mode.

Qui aimerait-elle habiller ? Carla Bruni «Elle est intelligente, fine. Je l’apprécie beaucoup», dit-elle. Quand on a travaillé dans le milieu de la mode à Paris dans les années 1990, on connaît évidemment Carla. Il s’agit de cette même époque où Sophie Théallet a décidé de rentrer dans les ordres.

Credits photos: Leda & St.Jacques