Spleen de rentrée

Chère Viviane,

La rentrée approche, nous voici de retour à Manhattan. Pas évident de quitter la France, nos familles, et nos amis. D’ailleurs cette année même nos filles âgées de 13 et de 15 ans nous reprochent ce retour. Elles nous posent des questions du genre « pourquoi habiter si loin ? »« Pourquoi une école à double curriculum, on est les seules de la famille ? » J’avoue être inquiète de leurs attitudes négatives et boudeuses. Comment y répondre ?

Odile de Murry Hill.

Chère Odile,

Rappelez- vous les fameux blues de l’hiver. Sans doute pourrions nous inventer les blues de New York au mois d’Août et en dialoguer à satiété entre nous. Ce retour, ce mal de retour provoque questionnement et incompréhension chez certaines. Chez d’autres, une gène, même une certaine honte à oser se plaindre de son sort. Après tout, avoir profité de si longues vacances et rentrer à Manhattan ne devrait pas donner matière à se plaindre n’est ce pas ?

Eh bien inutile de se sentir coupable car même pour le voyageur modeste, les valises du départ se font avec légèreté et se ferment sans effort. Par contre, celles du retour sont remplies, bourrées, lourdes de souvenirs et de choses indispensables voir introuvables, même sur Madison Avenue. Symbolique ? Certes, mais aussi une évidence de ceux qui partent fréquemment pour se retrouver et puis repartent pour se séparer.

Pour vos filles, le retour est remplit de larmes de séparation de cousines, d’amies, et de liberté du cœur et d’action journalière. Une vie où la jeunesse est plus livrée à elle-même, avec moins de contraintes et souvent surveillée avec d’avantage de confiance. Notre attitude en vacances est certainement plus indulgente vis-à-vis de nos enfants. Les horaires sont souples, les heures du couché sans trop de structure et l’ambiance encourage discussions, éclats de rire et pourquoi pas même un petit flirt discrètement surveillé par des parents qui eux-mêmes prennent cette vie en suspend avec délice. Pourquoi ne pas leur permettre de goûter aux plaisirs de votre propre jeunesse le temps des vacances ?

Facile d’en conclure que le retour à Manhattan représente la fin de cette autonomie, de cette spontanéité, et de cette confiance que vous leur donniez sans hésiter. L’adolescence marque l’appétit de la découverte, l’attrait de la nouveauté et le désir de tester les limites tout en sachant que l’ancre familiale vous garde bien à l’œil. L’adolescente découvre la magie d’un sourire, d’un visage penché, d’un tourbillon de jupe où d’une jambe bronzée nantie d’une ballerine dorée. Votre fille apprend à jouer, à conquérir et l’herbe en blé fait tout doucement son chemin au fils des journées lancinantes d’un été. Pas facile à abandonner vous le savez bien.

New York représente non seulement le retour des classes, la contrainte des horaires fixes, la discipline compétitive mais aussi la pression sociale imposée par d’autres adolescents. Il est difficile de changer ainsi d’uniforme d’un jour à l’autre, d’aller de la souplesse d’un jour où tout semble possible vers un conformisme requit pour justement ne pas se distinguer ou se faire remarquer. Poids d’un noyau social qui se renouvelle un peu chaque année mais qui finalement vit beaucoup en vase clos, rentrée après rentrée.

Je constate que vous avez bien planifié en vous donnant le temps de passer le cap jet-lag, et de pouvoir profiter encore du climat estival. Ceci donne du temps à vos filles pour, à la fois entretenir le lien vacance tout en s’habituant à leur univers local qui bientôt redeviendra familier. Vous verrez la transition sera plus rapide que vous ne le pensez aujourd’hui. Profitez en pour reconnecter avec d’autres familles qui elles aussi auront fait le choix d’un atterrissage non bousculé et peut-être même en accueillir de nouvelles.

N’oublions pas qu’une des grandes forces de la jeunesse est la capacité de s’adapter. Cet éclat de rire qui suit une averse de larmes, ce grand sourire après avoir parlé avec une « ex amie », le sautillement de joie de retrouver des visages connues sur Facebook, tout cela suffit à tourner la page d’une seconde à l’autre.
Odile, prenez courage, vos filles vous font le coup du chantage émotif, ne cédez pas et ne vous laissez surtout pas démoraliser. Je suis certaine que le soleil des derniers jours mettra bientôt en veilleuse celui de vos plages de vacances.

Pour contacter Viviane et lui poser vos questions: www.vivianjacobslmft.com