The Artist ou “la fin de l’ère des Freedom Fries?”

Cette semaine, les journalistes américains ont un seul mot au bout de la plume : « The Artist ». Le film de Michel Hazanavicius a été couronné de cinq oscars (dont celui du meilleur acteur, meilleur film et meilleur réalisateur), dimanche dernier, à Los Angeles.

Les titres américains n’ont pas manqué de prendre position face à cette percée française dans l’antre du cinéma américain. Ils se perdent en conjectures pour l’expliquer. Le critique-star Roger Ebert note que le film est « très amusant ». Tout simplement. The Christian Science Monitor pousse la réflexion un peu plus loin, évoquant… l’économie. “Dans une mauvaise économie, on valorise le travail, et ces films [The Artist et The Iron Lady] montrent des acteurs qui travaillent très dur. Regardez juste l’athlétisme de Dujardin”, note un interviewé. D’autres ne comprennent pas. C’est le cas du tabloïd The New York Post qui décrit “The Artist “comme un film reservé  aux «cinema snobs ». Pas très flatteur.

Des Oscars très français

Entre « Midnight in Paris », « Hugo » et « The Artist », la cérémonie avait indéniablement des accents français. Ce que n’a pas manqué de relever The Record qui lance un beau « Vive la France » dans ses lignes et note qu’une « sensibilité française a battu une britannique » cette année, en faisant référence au film « The Iron Lady » qui retrace l’histoire de Margaret Thatcher. Notre beau pays représenterait ainsi des « valeurs chères à Hollywood comme, l’imagination, le romantisme et l’extase ». On en viendrait à se demander si la reconnaissance de “The Artist” ne marque pas le début d’une nouvelle vague de francophilie aux Etats-Unis. C’est, en tout cas, la question que pose The Atlantic Wire dans un article au titre prometteur : « After The Artist, Does the US still hate France ? » « Que signifie le fait que l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences ait choisi un film français pour meilleur film, un Français pour meilleur acteur et meilleur réalisateur? », s’interroge le site d’information, rappelant que Jean Dujardin a lancé « J’adore votre pays » au public en montant sur scène pour accepter l’Oscar du meilleur acteur. Cela veut-il dire que l’ère des Freedom Fries est passée ? Ou le retour du bâton ne fait-il que commencer? » Le site ne tranche pas, mais observe que « les critiques américains ont choisi de ne pas en vouloir aux Français pour leur grosse victoire et ont choisi de faire plus dans la diplomatie. Nous co-opterons Dujardin comme quelqu’un que nous comprenons et admirons, comme le ‘George Clooney français’.”

Film français ou pas?

L’ego des Français flatté, voilà que le New York Times vient jouer les rabat-joie. Le quotidien s’attarde à montrer que « The Artist » est peut-être un film français mais est avant tout une « lettre d’amour à Hollywood ». « Merci beaucoup, je vous aime ! » s’exclame Jean Dujardin, alors qu’il ramassait son prix de meilleur acteur pour un film qui a été conçu en France, mais qui a arrosé le Hollywood d’autrefois de son adoration » Le journal, un peu mauvais joueur, a décidément une dent contre le film en noir et blanc. Dans une tribune publiée dans les pages opinions du Times, l’éditorialiste Ross Douthat reconnaît que le film « est charmant et désireux de plaire » mais est surpris par la « facilité avec laquelle il a gagné ». Il faut dire que son cœur battait pour le film de George Clooney: « J’ai le sentiment que plus de gens auraient du voter pour The Descendants », écrit Douthat. Le pauvre Clooney peut toujours se consoler puisque The New Yorker rappelle que l’acteur « aura d’autres chances » de décrocher un Oscar. Pour Jean Dujardin « cela n’est pas aussi sûr ».