Un coq chez les cops

S’il y a une personne qui suit la rocambolesque affaire DSK avec attention, c’est bien Cyril Pavoz. Du haut de son mètre quatre vingt dix, l’homme à la poigne d’acier est l’un des rares Français à évoluer dans l’industrie américaine de la sécurité privée. Une industrie d’ordinaire secrète qui a refait parler d’elle depuis que Dominique Strauss-Kahn est assigné à résidence dans une « townhouse » de TriBeCa, sous la responsabilité de Stroz-Friedberg, la même firme qui a contrôlé la « house arrest » du financier Bernard Madoff.

Arrivé à New York en 1998, le Parisien est un des quatre associés de Global Security Group (GSG). La société fondée fin 2001 par David Katz, un ancien agent spécial de l’administration anti-drogue, propose divers services, du « monitoring » d’assignations à résidence à la protection d’exécutifs et l’investigation. La firme a notamment assuré en 2008 la « house arrest » médiatisée du fabriquant de gilets pare-balles David Brooks, inculpé notamment pour délit d’initiés. Depuis la fin de la même année, elle est chargée de la sécurité du TriBeCa Film Festival.

Pour Cyril Pavoz, la sécurité n’a pas de secret. Après le service militaire, il intègre la compagnie KO Internationale, un des leaders de la sécurité privée en Europe, où il fait du « statique », c’est-à-dire de la sécurisation d’accès. Après une formation à l’Académie internationale du risque, un établissement de formation des professionnels de la sécurité pionnier en France, il décide de se mettre à son compte. Il se spécialise dans la protection de VIPs. Il assure notamment la sécurité de Robert De Niro pendant le tournage de « Ronin », Tom Cruise, Will Smith, Angelina Jolie, Meg Ryan pour ne citer qu’eux. Il est aussi directeur de la sécurité du TriBeCa Film Festival depuis sa création en 2002. A en croire Cyril, son travail a plus en commun avec la diplomatie qu’avec le mercenariat. Au contact de personnalités, il doit trouver les mots justes pour communiquer avec des clients peu habitués à se faire intimer des ordres. Et surtout, il doit gérer des entourages parfois difficiles, du membre de la famille à l’assistant en passant par l’agent. « Je ne suis pas un mercenaire. Pour travailler dans ce secteur, il faut être entraîné, qualifié et montrer patte blanche. C’est une profession. C’est ma vie et j’aime mon travail ».

En tant que professionnel de la sécurité dans deux continents, Cyril Pavoz a pu mesurer le fossé qui sépare la France et la Etats-Unis en la matière. Secteur plus « reconnu » et « pris au sérieux » aux Etats-Unis, il prospère de ce côté-ci de l’Atlantique depuis la fin du 19ème siècle, période de naissance de la Brinks et de la firme d’investigation William Burns Inc. Récemment, les attentats du 11 Septembre 2001 ont bien aidé les affaires. En 2010, l’institut de recherche Freedonia évaluait le marché américain des services de sécurité à 48.3 milliards de dollars.

Que pense-t-il de « l’affaire DSK » ? La « house arrest », sous surveillance 24h sur 24 par au moins un garde armé : classique. La « perp walk » : c’est la procédure. « Quand quelqu’un est escorté par la police, il doit être menotté. » Ce qui le chagrine : avoir vu Anne Sinclair et la fille de Dominique Strauss-Kahn, Camille, sortir du bâtiment de la cour criminelle de Manhattan au vu et au su des journalistes, après l’audience du 19 mai au terme de laquelle DSK a été remis en liberté sous caution: « Je les aurai fait sortir par la porte de derrière et mis une voiture à l’entrée pour faire diversion auprès des journalistes. Il faut protéger l’image. On ne peut pas les jeter dans la gueule du loup. » Une French touch à la garde rapprochée .