“Un lobbying à l’américaine n’est pas pertinent en France”

Le timing était le fruit du hasard. Mais c’est en pleine tourmente diplomatique entre les Etats-Unis et Israel que Richard Prasquier est venu à New York. « Ma réaction personnelle ? J’ai été surpris par la réaction très dure des Etats-Unis», a déclaré le président du Conseil représentatif des institutions juives de France lors d’une rencontre avec la presse au Consulat Général de France. L’annonce par l’Etat hébreu la semaine dernière d’un projet de colonisation pendant la visite du vice-président américain Joe Biden a déclenché la plus grande crise entre les deux alliés depuis des décénnies. «Affaiblir Israel est affaiblir le processus de paix», a-t-il aussi ajouté.

Lors d’un dialogue avec David Harris, directeur de l’American Jewish Committee devant une salle comble du Consulat, Richard Prasquier a déploré “le nombre croissant d’actes antisémites en France, environ 800 en 2009 contre à peu près 400 en 2008”, soulignant que la poussée des actes antisémites en 2009 a  coïncidé avec le début de l’opération militaire israélienne à Gaza. “Un nouvel antisémitisme a émergé en France avec la seconde Intifada en 2000″ a-t-il noté. “Il y a une convergence de l’antisémitisme traditionnel d’extrême droite avec un nouvel antisémitisme d’extrême gauche.” Mais, a-t-il ajouté: “On ne voit pas de discrimination contre les Juifs en France. Si votre nom est Mustafah, vous aurez plus de mal à trouver du travail que si vous avez un nom juif.”

Si les Etats-Unis et la France comptent les deux plus grandes communautés juives hors d’Israel, la communauté en France est beaucoup plus petite avec 600 000 personnes (1% de la population). « Il y a des différences majeures entre la communauté juive de France et celle des Etats-Unis» explique Richard Prasquier. Au nombre de ces différences: un Etat français séculier, le fait que la communauté juive de France vienne en majorité d’Afrique du Nord (et davantage d’Europe de l’Est aux Etats-Unis). “Les cultures sont différentes. L’attachement à la religion est plus fort.” Enfin,  «le système politique est différent donc le système de plaidoyer est différent : nous n’avons pas le même équilibre des pouvoirs aux Etats-Unis et en France[…] Ici le vote d’un sénateur du Wyoming aura un impact sur le monde juif.  En France, le processus de décision est limité à un plus petit nombre de gens, essentiellement le président et il y a une discipline de vote [au sein des partis]. Cela n’est pas pertinent d’avoir un lobby comme l’AIPAC. C’est plus subtil. Nous avons des relations.”

“Il y a pas mal de jeunes Juifs français qui font des études aux Etats-Unis”, explique-t-il à French Morning. “Globalement, les Juifs sont interessés d’avoir des expériences étrangères dont les Etats-Unis.” Richard Prasquier qui est médecin-cardiologue a quant à lui passé un an comme médecin à San Francisco en 1974, « une superbe époque». A un Américain qui demandait si la communauté juive française “diminuait”, et s’il pensait que la crainte les poussait à partir de France, Richard Prasquier a répondu : “Non, ceux qui vont à Miami, New York ou Montréal partent pour d’autres raisons.”