Un peu de finesse dans un monde de Financiers

Notre boss du mois n’a pas fait HEC. Eric Bedoucha a bâti un concept : une pâtisserie où l’on trouve les classiques français des financiers donc, madeleines, macarons, napoléons, éclairs, fraisiers et des incontournables américains: le cheesecake, carrot cake, muffins et quelques hybrides.

Et ça marche du tonnerre. Vous voyez l’enseigne partout dans Manhattan. Si vous travaillez près de Wall Street ou vers Midtown, il y a de fortes chances que vous y ayiez vos habitudes… Vous savez, l’éclair au chocolat qui donne du baume au coeur la pause café…

L’une des clés du succès, selon le fondateur :  la mignardise (mini financier) qu’on vous donne quand vous commandez votre café. Plus d’1,3m de ces échantillons sont donnés chaque année. Et ça paye : les petites boîtes de financiers aux rayures vertes et blanches sont des bestsellers absolus.

De la Courneuve à Wall Street

L’histoire commence à la Courneuve dans les annees 60.  Fils d’émigrés juifs d’Algérie, Eric s’ennuie ferme au lycée de la toute nouvelle cité des 4000.  La mère n’est pas du genre à laisser son fils traîner dans le quartier. A 14 ans, il tombe dans la  pâtisserie : CAP puis apprentissage, passage chez Dalloyau, avant l’armée et enfin l’opportunité de partir à Chicago travailler au Ritz Carlton. Là,  il apprend les classiques carrot cake, cheese cake, danish.

Direction New York, l’hôtel Peninsula puis le Plaza. Eric n’a que 27 ans. “Le Plaza est un monstre, à la fois en terme de prestige et de volumes.” Il relève le défi et est apprécié. A côté des classiques de l’institution (fôret noire, strawberry shortcake), il peut laisser libre court à sa créativité : concordes, opéras, miroirs, ces desserts à base de mousse de cassis…

Après avoir travaillé à Maxime de Paris et La Grenouille, il est recruté pour ouvrir Lutèce à Las Vegas. Là, il rencontre un magnat de l’immobilier de Wall Street Peter Poulakakos.  Ensemble, ils fomentent leur révolution : une pâtisserie française, un brin mégalo qui devait occuper tout un pâté de maison dans le financial district. C’était juste avant le 11 septembre.

Après l’éffondrement des tours, ils revoient leurs projets à la baisse et ouvrent une plus petite pâtisserie au même endroit. C’est le premier Financier. “Pour beaucoup de pâtissiers qui se mettent à leur compte, le rêve devient un cauchemar, parce qu’on ne peut pas être au four et au moulin. Pas pour moi!” Depuis les boutiques ont fleuri dans Manhattan, parfois à seulement un jet de pierres les unes des autres.

Les prochaines étapes : décliner le concept, l’alléger pour pouvoir multiplier les points de vente. Eric rêve d’en avoir une centaine à terme et surtout de voir ses petites boîtes de financiers partout dans les supermarchés américains…Pas impossible pour le petit Eric devenu grand.

Crédit photo : Anthony Behar/Sipa Press.

http://www.financierpastries.com/