Une campagne chaude chaude chaude

Littérature d’abord. Le New York Sun a lu Témoignage de Sarkozy. « Les Américains bien disposés à l’égard de la France ont beaucoup de raisons d’espérer la victoire de Nicolas Sarkozy aux présidentielles d’avril» attaque Claire Berlinski. « C’est l’homme politique le plus dynamique et le plus excitant que la France ait produit depuis des années. » C’est un « admirateur fidèle de l’Amérique », il va réformer le système des aides sociales françaises, moderniser le système éducatif français de seconde zone. Et, « contrairement à sa rivale, la jolie tête de linotte Ségolène Royal, ce n’est pas un socialiste fatigué qui declare que l’argent est un “ennemi” ». Sarkozy est aussi selon elle « le seul capable de relever les défis de l’intégration des minorités musulmanes», « il déplore à raison que la culture française contemporaine décourage l’initiative », il est proche d’Israël etc…. Suivent plusieurs autres louches de compliments. Et la publication de Témoignage donne à l’auteur une autre raison d’espérer sa victoire aux élections : « s’il gagne, il sera trop occupé à réparer la France pour écrire un autre livre ridicule comme celui-là ». Oui, écrit-elle, elle est bien fan de Sarko, « mais tout comme certains écrivains ne devraient pas faire de politique, certains politiciens ne devraient pas devenir écrivains ». On apprend que Témoignage a été raccourci pour sa publication aux Etats-Unis. Que le livre original « ait été à la fois plus long et un bestseller de l’été – manifestement un favori sur les plages – peut seulement être considéré comme une preuve du masochisme des lecteurs français. »

Ah et à ceux qui penseraient que Sarkozy est très à droite, Claire Berlinski explique à ses lecteurs que sur des standards américains, on le considérerait de centre gauche.

Parlant de Sarkozy, il a enfin obtenu le soutien de Jacques Chirac, note Elaine Sciolino dans le New York Times.
Un soutien accordé « sans fanfare, passion ou enthousiasme », sans même que les deux hommes s’affichent ensemble, et présenté comme une marque de loyauté pour l’UMP plus qu’un appui personnel au candidat. Le New York Times note que Sarkozy est plus épris des Etats-Unis que le président actuel, et s’intéresse moins que lui « au traditionnel axe franco-allemand».

Le Zénith est normalement réservé à des stars comme Public Enemy, les Beastie Boys et B.B. King, note le Washington Post qui y a vu François Bayrou recevoir « le type d’adulation que les stars du rock espérent mais dont la plupart des hommes politiques ne peuvent que rêver ». La foule était folle d’enthousiasme pour un candidat qui « reçoit des tracteurs en jouet comme cadeaux de ses supporteurs, dont beaucoup de Français n’arrivent pas à prononcer le nom et qui n’avait des sondages qu’à un chiffre il y a quelques mois ».

Bayrou (Bye-roo) au moins, a des cheveux. « Historiquement, les présidents français ont été des vieux types chauves – Valery Giscard d’Estaing, François Mittrrrand, Jacques Chirac. En terme d’attraction sexy, imaginez une ligne sans fin de Dick Cheneys  » résume dans une tribune au New York Times Stephen Clark, l’auteur du bestseller A year in the Merde (qui a sans doute oublié que VGE avait 48 ans en arrivant à l’Elyée, la calvitie ça vieillit les souvenirs). « Cette fois, les deux candidats en tête ont leurs cheveux, et l’un d’eux a du rouge à lèvres. ».
Jusqu’à présent, explique le Britannique, le sexe ne jouait pas de rôle majeur dans les campagnes françaises (électorales s’entend, note de la newsletter). Les derniers présidents avaient des maîtresses, plutôt discrètement, écrit Stephen Clark. « En plus, les Français ne croient pas que la monogamie rende un homme politique plus efficace ». Là Stephen Clark voit du sexe partout : le départ de Cécilia Sarkozy avec son amant avant que son mari ne la fasse revenir « peut-être avec la promesse qu’elle choisira bientôt les rideaux du palais présidentiel » ; de l’air épanoui de Ségolène qui nourrit plein de spéculations sur sa vie sexuelle (j’ai de la boue dans les yeux, moi je voyais juste une candidate qui souriait).

La campagne française était donc partie pour être « glamour et clintonesque ».

Jusqu’à l’apparition de Bayrou, « sorte de prozac politique après les amphétamines du conflit Sarkozy-Royal ». Il est agriculteur « ce que même les électeurs urbains jugent la quintessence de la France ». Et on vous a dit qu’il avait un tracteur ? « Il ne faut pas sous-estimer la force de cette image rustique sur le mental national. Si vous donnez à un français moyen le choix entre un président réformateur qui mettrait fin à l’énorme déficit du pays et un bon fromage, il choisirait probablement le fromage. » C’est la raison pour laquelle selon lui en France, « les candidats n’embrassent pas seulement les bébés, ils embrassent aussi les vaches ».

Mais revenons à l’air épanoui de Ségolène Royal. C’est le magazine More qui creuse la question. More est le magazine des femmes de plus de 40 ans. Je le précise parce que dans le premier paragraphe, la journaliste Nina Burleigh explique que Ségolène est la première femme politique de 53 ans « fantastique en bikini », et qui « donne ainsi de l’espoir à toutes les femmes mûres ».

Elle explique que lorsqu’elle s’est installée en France il y a cinq ans, une Française lui a fait remarquer que les Américaines s’imposaient toujours d’être dures et pas sexys. Elle a mis la remarque sur le compte d’une éducation sexiste « dans un pays qui n’a pas accordé le droit de vote aux femmes avant la deuxième guerre mondiale ». Et à l’usage du temps, elle trouve effectivement les femmes françaises plus sexys « parce qu’on attend d’elles qu’elles le soient ».

Elle en déduit qu’au début des années 1980, au début de la révolution de la place des femmes dans les entreprises, elles ont choisi d’avoir l’air masculines pour lutter contre le harcèlement sexuel. Les femmes qui convoitent des postes politiques élevés aujourd’hui étaient les leaders de cette révolution selon elle, d’où « des uniformes en rouge et bleuf vifs qui suggèrent des frontières, des traités, des drapeaux, des cartes militaires ». Ségolène, à côté, « porte ses cheveux détachés, sans qu’ils soient coiffés en casque ». Elle est féminine. Elle et François Hollande « ont l’air d’avoir probablement encore des relations sexuelles » écrit la journaliste qui se laisse emporter. « Vous imaginez ça d’Hillary Rodham Clinton ? En bikini ? Ayant l’air d’éventuellement aimer le sexe ? Non. Ni (Barbara) Boxer, ni Feinstein, ni Rice, ni Pelosi. Nous ne pouvons pas – et nous ne voulons pas imaginer nos femmes politiques en string. On peut, à peu près, imaginer Royal en string. Dirigeant la France ».

Cette revue de presse n’a aucun mal à se souvenir des images de Barack Obama se baignant dans les rouleaux d’Hawaï à Noël et verrait d’un très bon oeil qu’il dirige les Etats-Unis en maillot.