Une école publique francophone à New York?

Jusque là tout allait bien: la petite Natania était parfaitement bilingue. Et puis vers ses six ans, elle a commencé à rechigner à parler français. «Là, je me suis rendu compte qu’il fallait faire quelque chose, que le bilinguisme n’était pas acquis et qu’il fallait faire des efforts pour qu’elle parle – et écrive- le français, » raconte sa maman, Catherine Poisson. Il y a un an, elle a donc rejoint la poignée de Français de New York qui avaient créé un peu plus tôt l’association EFNY (Education française à New York).

Comme Catherine, professeur de littérature française et habitant de Brooklyn, les fondateurs de EFNY ont vite découvert que, s’ils n’avaient pas les moyens -ou pas de place- pour le lycée français, ils leur fallait prendre l’avenir de leur enfants en main. En 2005, ils ont donc créé leur association avec de hautes ambitions : rien de moins que d’obtenir l’ouverture d’une école publique bilingue français-anglais. Et c’est en train de marcher !

« Naïvement, nous sommes allées au département d’éducation de la ville et on leur a dit : ‘bonjour, voulez-vous ouvrir une école pour nous ? », raconte Florence Nash une des fondatrices (qui a aujourd’hui quitté l’association).
Loin de se faire mettre à la porte de l’administration, ces parents d’élèves motivés ont au contraire découvert qu’il existait des ateliers expliquant comment monter une école, les démarches à effectuer, etc. Néanmoins, ils se sont « rapidement aperçu que ça n’était pas si simple, qu’il fallait faire un partenariat avec une organisation mais que tout ce qui existe en le matière est destiné aux populations défavorisées, ce qui n’était pas notre objet », se souvient Florence Nash. En revanche, elles rencontrent un accueil enthousiaste d’un responsable du département « dual education », qui gère plusieurs écoles publiques bilingues à New York (en espagnol, russe, chinois, créole). Une solution se fait jour : « l’astuce, c’est de se greffer sur une école existante qui a besoin de redorer son blason ».

Si tout va bien, deux écoles bilingues français-anglais devraient donc ouvrir à la rentrée prochaine. La première, à Morningside Heights, près de l’Université de Columbia (PS 125, 123ème rue), est pratiquement acquise. Une classe de pre-K et une de first grade vont ouvrir en septembre prochain. Pour l’autre école, à Brooklyn (PS 38 sur Pacific Street), il reste plus d’incertitudes, mais les responsables d’EFNY ont bon espoir d’y voir ouvrir également deux classes à la rentrée scolaire 2007.

Remplir l’école ne devrait pas être un problème, même si les règles de la New York City imposent 50% d’élèves native speakers. Le succès des programmes d’after school en est une preuve. En attendant la ‘vraie’ école, les parents d’EFNY ont en effet réussi à ouvrir des cours de français dans les écoles publiques même, après les heures de classe. Quarante enfants les suivent à Brooklyn (PS 38) et presque autant à Manhattan (une école dans le West village, une dans l’East village). Ces classes sont partiellement sponsorisées par l’Etat français, via le programme FLAM (français langue maternelle), qui vise à aider les enfants français de l’étranger à conserver leur langue maternelle.

«Le succès des after school montre qu’il y a une demande, un intérêt, il a permis de faire connaître notre projet note Catherine Poisson, mais l’objectif reste bien d’ouvrir des écoles bilingues, et ce jusqu’à la high school.» Ce qui ne sera pas simple. Il faut par exemple trouver suffisamment de professeurs français nécessaires. Les enseignants des écoles publiques doivent obligatoirement être titulaires d’un diplôme de l’Etat de New York ; les Français qui le sont ne sont pas légion.

Il faudra aussi obtenir la mobilisation de suffisamment de parents. « Les Français ont plus de mal que les Américains à travailler de manière communautaire», constate Catherine. Sauf que, « frustrées par la pauvreté de ce qui est disponible pour leurs enfants, de plus en plus de familles françaises de New York sont prêtes à se mobiliser ».

Une des taches de l’association sera aussi d’ouvrir le projet au maximum de communautes, notamment aux francophones d’Afrique ou d’ailleurs. «Souvent, on remarque qu’ils cachent leur bilinguisme, l’intégration ici prime le plus souvent, remarque Catherine Poisson.» Leur engagement sera pourtant primordial: il est crucial pour le département de l’éducation de New York, dont les responsables sont attachés à la diversification «et qui se méfient un peu de l’image élitiste du français.»

SITE DE EFNY : www.ecolenyc.org. Email : contact@ecolenyc.org