Une Française fait sourire New York

Après avoir projeté l’image du Christ de Rio sur la façade de la Cathédrale Notre Dame à Paris en 2005, l’artiste française Agnès Winter dévoile cette semaine à New York son dernier travail: un Monument au Sourire, “message de joie, d’espoir et de paix et hymne à l’amitié entre les peuples”. A partir du 31 mai et jusqu’au 9 juin, cette mosaïque géante de 300 photos de visages souriants du melting-pot new-yorkais, sera projetée tous les soirs de 21 heures à minuit sur les 50 premiers étages du Rockefeller Center, gratte-ciel mythique au cœur de Manhattan. Le joaillier français Cartier finance le Monument au sourire dans le cadre de leur international Love Day , le 8 juin, jour où 10% des ventes de la collection de bijoux Love seront reversées à des œuvres de charité. Interview.

D’où vient l’idée d’un monument au sourire?

En 2004, j’ai passé quelques mois à New York au retour d’un voyage au Brésil. J’adore cette ville pour sa diversité et les longues promenades à pied que l’on peut y faire. J’ai commencé à prendre des photos des gens dans la rue, en leur demandant simplement de sourire pour moi. Pratiquement tout le monde a accepté. Beaucoup m’ont dit oui avec bonheur, en éclatant de rire. Il y a à New York une grande gentillesse, une générosité de cœur, un optimisme. Les gens sont heureux, heureux, vraiment. L’idée d’en faire une œuvre est venue plus tard.

Vous avez le soutien de Cartier et du groupe Tishman Spyer, le propriétaire du Rockefeller Center. C’est un exploit…

C’est une très belle histoire en effet. Le co-fondateur du groupe, Jerry Speyer, qui est également Vice-President du Musée d’Art Moderne (MOMA) et un grand collectionneur d’art moderne, m’a répondu positivement tout de suite après avoir reçu mon dossier. Mais il me fallait un sponsor. Après six mois de recherches, j’ai rencontré Frédéric de Narp, Président de Cartier Amérique du Nord. Ce fut une extraordinaire rencontre. Frédéric de Narp s’est tout de suite retrouvé dans le message de joie, d’amour et de paix du projet, qui sont aussi les valeurs promues par Cartier, et a décidé de le présenter comme un cadeau a la ville de New York, préfigurant le Love Day.

En pensant au Monument au sourire, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le 11 septembre…

Je pense qu’il est trop facile de faire ce parallèle. Bien sûr, le Monument au sourire est lié à une histoire que j’ai vécue ici, à ma vie et au 11 septembre. Il n’y a pas un endroit au monde qui n’ait pas été marqué par le 11 septembre. Mais il y a d’autres moments politiques du monde, comme la chute du mur de Berlin par exemple, qui sont aussi très forts. Ce sont des moments où une conscience politique mondiale s’éveille, dans le sens le plus beau du terme, celui de la vie citoyenne d’une planète. Selon moi, le sourire est universel, c’est pour cela qu’il m’intéresse. J’ai toujours été fascinée par le fait que La Joconde de Leonard de Vinci le soit le tableau le plus vu du monde. C’est à cause de son sourire. Quelque part, en travaillant sur le sourire, je touche à des fondements qui sont universaux, à un enthousiasme qui nous dépasse. Tout le monde a besoin de sourire…

Y-a-t-il une dimension spirituelle au projet ?

Le Monument au sourire s’inscrit dans la continuité de mon travail au Brésil où j’avais illuminé en bleu le Christ du Corcovado de Rio pour la paix dans le monde en 2003, et la projection de cette image sur la façade de Notre Dame à Paris en 2005. Dans tous mes projets, je veux faire passer un message de paix et d’amour. La dimension spirituelle du monde, indépendamment des fois ou des croyances, est en effet essentielle pour moi. Je veux également montrer qu’il est possible de faire des choses gratuitement, de s’enthousiasmer, de s’investir au niveau humain autour d’une idée comme celle-là.

N’avez-vous pas peur que le Monument au sourire soit détourné en outil de marketing par Cartier ?

Non. Tous les projets artistiques qui sont présentés au Rockefeller ont des sponsors. J’ai trouvé avec Cartier un investissement, un soutien, et une réelle communauté de valeurs.