Une Green card en gros lot

« Félicitations ! Vous avez été tiré au sort pour recevoir une Green Card. » C’est sur ce courrier que Gilles Lambert, 28 ans, est tombé un soir d’avril 2006, à Paris, en rentrant du bureau. C’est alors qu’il s’est souvenu s’être inscrit, un an auparavant, à la fameuse « Green Card Lottery », ce programme gouvernemental américain qui attribue, chaque année, 50 000 visas de résidents permanents à des ressortissants du monde entier par tirage au sort.

Pour ce natif de Sedan, diplômé en droit, et juriste d’entreprise à la FNPS (Fédération de la Presse d’Information Specialisée), l’occasion était trop belle pour la laisser passer. « Je n’avais jamais vécu à l’étranger et j’avais très envie de changement. » Il a donc conscienceusement franchi toutes les étapes qui devaient le mener vers l’obtention du fameux sésame. « Les formalités administratives ne sont pas très lourdes, mais il faut nénanmoins pouvoir justifier du baccaulauréat, ou de deux ans d’expérience professionnelle, d’un casier judicaire vierge, d’une situation militaire en règle, et passer une visite médicale auprès d’un médecin agrée ».

Gilles Lambert
En octobre 2006, au moment de se rendre à l’ambassade des Etats-Unis à Paris pour venir chercher son VISA, Gilles savait déjà qu’il mettrait le cap sur New York. Deux ans auparavant, il était venu rendre visite à des amis expatriés, et la ville l’avait immédiatement séduit. C’est d’ailleurs à son retour de vacances que l’idée de jouer à la loterie lui était venue. Manque de chance : les inscriptions venaient tout juste de se clôturer. Un an plus tard, en naviguant sur Internet, il est retombé par hasard sur le site officiel du gouvernement américain. Cette fois-ci, il était dans les temps.

Comme lui, 5,5 millions de personnes ont tenté leur chance à la cuvée 2007 de la loterie, officiellement denommée « Diversity Immigrant Visa Program ». Depuis Williamsburg, dans le Kentucky, où ils officient, les 75 employés en charge de ce service pas banal ont électroniquement tiré au sort 82 000 candidatures, pour attribuer, compte tenu des desistements et des dossiers recalés, 50 000 visas de résidents permaments. Statistiquement, Gilles avait donc une chance sur 67 de remporter le gros lot. « C’est incomparablement plus que la probabilité de gagner au loto », convient-il aujourd’hui.

Contrairement aux idées reçues, les services de l’immigration n’appliquent pas de quotas par pays. Le tirage au sort se fait de manière aléatoire en fonction des dossiers reçus. Seul restriction : aucune nation ne peut cumuler plus de 7% des visas accordés dans le cadre du Diversity Immigrant Visa Program.

En 2007, 365 Français, 6 871 Ethiopiens, 4 922 Marocains, 5901 Bengali, 1988 Alabanais, 488 Brésiliens, 214 Italiens, 97 Espagnols, 80 Irakiens, 7 Chypriotes et un Monégasque, parmi bien d’autres nationalités, ont décroché le gros lot. Tous ne feront peut-être pas le grand saut vers les Etats-Unis. Mais Gilles, lui, n’a pas hésité. Il a quitté son travail et son appartement parisien pour venir s’installer à New York en avril dernier. En moins de trois jours, il avait déjà trouve un logement Upper East Side. Il est aujourd’hui à la recherche d’un emploi, soit dans le secteur de la presse, soit dans une agence de photo du type Getty Images ou Corbis. Mais il hésite à s’enroler comme stewart dans une grande compagnie aérienne. « Ce pourrait être l’occasion d’être payé pour faire le tour du monde », déclare-t-il avec un air rêveur. « J’ai envie de voir du pays ». Décidément, la loterie lui a donné plus qu’une Green card : des ailes pour changer de vie.

La loterie, une curieuse invention menacée de disparition


De tous les types de Visas que délivre le gouvernement américain, celui réservé aux gagnants du « Diversity Immigrant Visa Program » est le de loin de plus insolite. Cette mesure a été introduite par le Congrès américain en 1992 pour rétablir une certaine équité dans les quotas d’immigration. Constatant que la proportion de Visas accordés aux Europeens du Nord avait largement diminué entre 1960 et 1990 au profit des Latinos-Américains, des Africains et des Asiatiques, le législateur imagina un programme correctif s’appliquant à un nombre limité de pays, de préférence anglo-saxons. C’est ainsi que les Irlandais eurent droit à 40 % des « Diversity Visas » accordés entre 1992 et 1994. En 1995, lorsque cette exception expira, le Congrès décida que le programme devrait couvrir le monde entier, à l’exception des pays ayant déjà envoyé plus de 50 000 immigrants dans le cours de l’année précédente.

Pas de critères de sélection, ou presque, pas de discrimination par pays, ni de frais d’avocats à payer : pour des millions de gens dans le monde, la loterie américaine représente l’occasion inespérée de franchir légalement les frontières de l’Amérique.
Sauf que depuis l’adoption du Patriot Act et le début de la guerre contre le terrorisme, son existence est menacée. Tous les ans en effet, des ressortissants de pays considérés comme suspects par les Etats-Unis – Iran, Cuba, Lybie, Pakistan, Corée du Nord, Syrie ou encore Soudan –, et normalement interdits de Visas de touristes, figurent sur la liste des gagnants. Et si des terroristes profitaient de ce biais pour s’infiltrer ?
Fustigeant les failles du programme, ses détracteurs ont essayé à quatre reprise de l’abolir. En vain, la Chambre des représentants ayant rejeté leur requête. Mais dans un pays qui prend sa sécurité autant au sérieux, cette exception est menacée.

En attendant, le suspense est lancé pour les participants à la cuvée 2008 de la loterie, qui avaient jusqu’au 3 décembre dernier pour s’inscrire. Les dates exactes du dépôt de candidatures pour l’édition 2009 ne seront annoncées qu’en août prochain, mais vous pouvez d’ores et déjà tabler sur une fourchette de trois deux mois comprise entre début octobre et début décembre. A surveiller de près sur le site du gouvernement