Une Newyorkaise au pays des prix littéraires

A cette heure là, d’habitude, on peut la retrouver pour un petit-déjeuner à l’étage de chez The Adore,café de la 13ème rue. Là, elle prend le train pour Mulhouse. Elle ira comme ça dans une quinzaine de villes de France pour répondre à des questions de lycéens, puisqu’elle a été présélectionnée pour le Goncourt des Lycéens. « Ca m’amuse. Je n’ai jamais fait ça et je ne le referai peut-être jamais. » Comme si c’était un coup du hasard.

Le succès l’a prise par surprise. Elle était en train de se baigner en Bretagne quand la première critique élogieuse de son livre a été imprimée.

Notez que Marie, le personnage de son roman, blonde aux yeux bleus comme elle, passe aussi ses vacances en Bretagne. On fait semblant de croire Catherine quand elle dit que son dernier roman est une fiction. En arrivant à New York, j’avais entendu dire que si on passait trop près de la vie de Catherine Cusset, on risquait de se faire happer dans un de ses romans.

Ceci dit, le personnage central d’Un brillant avenir, ce n’est pas Marie mais sa belle-mère Helen. Helen, anciennement Elena, née en Bessarabie, adoptée, devenue physicienne nucléaire, a fui la Roumanie pour, à la quarantaine, redémarrer sa vie aux Etats-Unis ans avec son mari, Jacob.

En alternant son histoire passée et actuelle, les chapitres au passé et au présent font étape en Roumanie, en Israël, en Italie, en France, et bien sûr aux Etats-Unis.
Au présent, ses relations avec Marie, sa belle-fille, dont elle craint qu’elle attire son fils en France et gâche le « brillant avenir » qui lui était réservé aux Etats-Unis. Sans s’en rendre compte, Helen duplique ce qu’elle a vécu, quand, en Roumanie, ses parents ne voulaient pas qu’elle épouse Jacob parce qu’il était juif.

« Dans sa forme finale, je savais qu’il ne pouvait pas être différent » dit Catherine Cusset de son roman qu’elle a décousu, repris, retravaillé pendant trois ans. « J’ai beaucoup réfléchi, beaucoup hésité ». Elle avait envisagé de ne raconter que l’histoire d’Elena. Marie est arrivée après.

Mais le parcours de Marie la Française aux Etats-Unis n’est pas l’écho de celui d’Helen. « Expatriés, immigrés, c’est très différent. Les expatriés ne sont pas des immigrés, ils n’ont pas tourné le dos à leur passé. Helen a tourné le dos à son passé. Pour elle, il y a rupture », souligne la romancière. Alors que Marie revient, elle, chaque été de ses vacances en en France avec un peu de nostalgie de l’air breton.

On s’amuse à la lecture de l’arrogance désarmante de Marie qui à ses retours de France à New York tente de donner des leçons de qualité de vie à ses beaux-parents. « Quand tu vis à l’étranger, tu te rends compte de ce qu’est être français » s’amuse Catherine Cusset, installée aux Etats-Unis depuis vingt ans. Quant à ce petit sentiment de supériorité du Français qui débarque, elle l’a identifié très vite. « A peine débarquée, je m’en suis rendue compte. Je suis arrivée toute jeune après Normale Sup. On a l’impression qu’on est au centre du monde parce qu’on fait cette école alors qu’elle n’existe pas du tout à l’étranger. »

« Un brillant avenir » interroge ce qu’il (nous) reste du rêve américain, des promesses de la vie aux Etats-Unis. Alors que dans le livre, Helen est hantée par l’idée que sa belle-fille Marie soit tentée de retourner vivre en France, Catherine Cusset s’est accordée une année sabbatique en France à l’occasion de la sortie de son livre. Elle en parle comme d’une parenthèse réjouissante, profite de toutes ces petites choses sur lesquelles on n’arrive pas à mettre un nom quand on est aux Etats-Unis et qui peuvent manquer. Elle va bientôt retourner à New York pour quelques semaines. En vacances.

UN BRILLANT AVENIR de Catherine Cusset. Gallimard, 374 p., 21 €.

Catherine Cusset, amie de French Morning y a écrit une dizaine de chroniques, principalement des portraits de francophones de New York.
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