Votez pour moi ou je spamme

“Hier, c’est Julien Balkany qui m’a envoyé un message pour mon anniversaire. Vu que je ne le connais pas et que je ne lui ai jamais donné ma date d’anniversaire, ça surprend!” Laetitia a trouvé la méthode “excessivement intrusive“. Mais de mystère il n’y en a point: le candidat divers droite dans la circonscription Amérique du Nord dispose des listes complètes des quelque 180 000 électeurs inscrits auprès de leur consulat. Listes qui contiennent entre autres, la date de naissance et l’adresse e-mail des électeurs.

Les autres candidats n’ont pas été aussi loin que Julien Balkany dans le marketing politique, mais tous se sont servi des mêmes listes pour envoyer des messages aux électeurs, à un rythme tel que pour beaucoup de destinataires, la pratique tourne au spam. Tous ces candidats ne font pourtant rien d’illégal: la loi prévoit qu’ils puissent se faire communiquer les listes électorales à des fins de propagande. Seulement, les listes des Français de l’étranger ont une information qui ne figure pas sur les listes des communes françaises: les adresses e-mail. “Ces informations sont nécessaires sur les listes consulaires, car nous avons besoin d’avoir le maximum d’informations pour joindre nos ressortissants en cas d’urgence”, explique Marie-Laure Charrier, porte-parole du Consulat de France à New York. Les électeurs ont la possibilité, ajoute-t-elle, “de communiquer deux adresses e-mail, dont une est réservée aux communications de l’administration et ne figure pas sur la liste électorale. Cela est expliqué au moment de l’inscription”.

La situation n’est pas nouvelle: déjà en 2007, les candidats à la présidentielle avaient découvert les Français expatriés et compris que faire campagne auprès d’eux était simple comme un e-mail.  Cette année, ils ont redoublé leurs efforts: avec plus d’un million d’inscrits, les Français de l’étranger sont devenus une force qui compte. Les candidats à la présidentielle y sont tous allés de leur e-mail, certains sans modération: la campagne de François Hollande en a envoyé quatre, celle de Nicolas Sarkozy trois depuis le début de la campagne. C’est sans doute celui de Marine Le Pen, qui dispose de peu de soutiens parmi les Français d’Amérique, qui a déclenché le plus de commentaires énervés d’électeurs se sentant assaillis.

Mais l’effet “spam” vient davantage de la campagne législative. Pour la première fois, des candidats se disputent les voix des Français de l’étranger. Dans la circonscription Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), onze candidats se sont déclarés. Ils ont tous cruellement besoin de se faire connaître dans une circonscription à l’échelle d’un continent.

Pas d’autre moyen que l’e-mail

Les candidats ont tous conscience de la grogne que provoque parfois le marketing politique par e-mail. Antoine Treuille, candidat dissident UMP, explique ainsi que “pour ne pas lasser les électeurs”,  il a retardé le plus longtemps possible l’envoi de son premier message. Mais, ajoute-t-il, “il faut bien communiquer avec les électeurs, leur faire part de nos propositions, et nous n’avons pas vraiment d’autre moyen”. Après son premier “mass email”, prévu cette semaine, il a prévu des envois au rythme d’un par semaine jusqu’au 2 juin.

Tous les candidats tirent la même conclusion: en-dehors de l’e-mail, point de salut. Candidate socialiste, Corinne Narassiguin a déjà envoyé quelques messages électroniques. Il faut bien, dit-elle, “que les électeurs et électrices puissent voter en connaissant les positions et propositions des candidats“. La propagande sur la voie publique étant impossible à envisager à l’étranger (et dans certains cas interdite), et la publicité par voie de presse, télévision ou Internet interdite, restent l’e-mail ou les courriers postaux “mais ces derniers vont à l’encontre de nos valeurs de développement durable -sans parler de leur coût exorbitant-“, ajoute Sylvain Bruni, le directeur de campagne de Corinne Narassiguin.

Les électeurs ne sont pas tous fâchés de cette correspondance non sollicitée. “A de très rares exceptions, je n’ai eu que des réactions positives à mes messages d’anniversaire, assure Julien Balkany. Après tout, dans beaucoup de mairies françaiseson envoie des messagede félicitations -ou de condoléances- et les gens sont sensibles à ces marques d’attention”. Tout cela, dit le candidat divers droite, “est plutôt anodin à côté de ce qui peut se faire en marketing politique. L’e-mail est beaucoup moins gênant que les appels téléphoniques automatiques, ou les SMS, qui existent en France”.

Reste que tous les candidats ne sont pas égaux devant les listes d’e-mails. La loi prévoit en effet que seuls les partis politiques et les “candidats officiels” peuvent recevoir la liste consolidée pour l’ensemble de la circonscription. Mais il n’y a pas de “candidat officiel” tant que le dépôt des candidatures n’est pas ouvert. Ce sera fait entre le 7 et le 11 mai. En attendant, seuls les candidats des partis politiques ont pu se voir communiquer les listes consolidées. Les candidats indépendants (six sur les onze) doivent, eux, trouver des sympathisants prêts à se rendre dans chacun des 17 consulats de la circonscription pour les obtenir.